A MARCHE FORCEE, D’Aveyron en Charente…….album 5

A MARCHE FORCEE, D’Aveyron en Charente…….album 5

« Si j’arrive à Chabanais, je suis presque sûr d’aller au bout ! » Je me suis rassuré auprès de mon épouse, en prononçant ces mots lors d’une conversation téléphonique au plus fort de la canicule. Lorsque Richard me déposa ce samedi matin au-delà de Villefranche de Rouergue, le ciel était bas et gris foncé, l’air frais et humide annonçait la pluie, et en nous saluant je savais que les douze jours qui me séparaient de Chabanais allaient se faire à la force des jarrets et du mental. 

Certains matins seraient difficiles, le temps que les tendons retrouvent un peu d’élasticité et que les genoux se réchauffent suffisamment pour que je les oublie un peu. La lecture de mes cartes IGN bleues au 1/25000ème, au-delà d’être rassurante, allait devenir au fil des jours mon carburant. Bien sûr il y avait le GR6 qui serait mon fil rouge durant cinq à six jours, mais les « tout-droit » par routes et chemins pour couper les méandres de ce chemin de pèlerins, me permettraient de toujours trouver un intérêt à la journée, un paysage, un hameau oublié par le progrès, une rencontre improbable. C’est durant cette navigation entre Causses, Périgord noir et vert pour arriver en Charente Limousine, que je me suis senti profondément seul, ne dépendant que de moi-même, et ressentant pour la première fois les bienfaits de la marche longue.

Du gîte de Figeac, que je partageais, avec un couple de jeunes pèlerins pratiquants, deux jeunes femmes routardes et un jeune professeur parisien novice en randonnée mais tellement sûr de lui, au havre du gîte jacquaire « les Petits Cailloux» à Gramat, où nous formions une tablée de douze comme les apôtres, tablée totalement insolite et hétéroclite, à l’anonymat commercial des hôtels touristiques du Périgord Noir, c’est chez la famille Brajot, au fin fond du Périgord vert, que je retrouvai la bienveillance, le soutien et la reconnaissance de ces grands-parents d’enfants touchés par cette maladie invisible qu’est la mucoviscidose. Nous ne nous connaissions pas la veille, et nous partagions le petit déjeuner au matin presque en vieux amis. Et comme tout au long de ce périple, les amis handballeurs qui feront plus que jalonner ce parcours, Françoise et Philippe dans le Lot, la famille Abguillerm à Sarlat, qui m’ont accueilli, désaltéré, nourri, accompagné et réconforté. 

Pas encore fringant, mais déterminé et persévérant, chaque matin je m’élançais pour aligner les kilomètres. Je mis du « Nord » dans ma trajectoire, et de Sarlat à Lascaux, en passant par Les Eyzies, par des sentiers au balisage fantaisiste, je me frayais un passage à travers la préhistoire. Au-delà de Sarliac et de son Hôtel Chabrol, je mis le cap sur Rochechouart à travers bois et bocages, et  durant cinq jours dans l’anonymat et l’indifférence générale, j’accumulais les kilomètres, perdant mon fidèle bâton de marche, près de « Chez Neymar » du côté de Saint Saud-Lacoussière, soulevant à peine un intérêt chez les quelques chiens que je croisais, visitant un écomusée de la truffe, ou peinant à trouver des chemins présents sur mes cartes, mais disparus ou privatisés par les chevaliers de l’agriculture productiviste, conquérante et dévoreuse de talus et de zones humides.

Une dernière nuit anonyme dans une maison d’hôtes à Oradour sur Vayre, tenue par des anglais souriants mais avares et incultes, et j’arrivais à La Chassagne, non sans avoir croisé la plus grande densité de panneaux d’interdits en tout genre en traversant la forêt de Rochechouart. La Chassagne, c’est un des endroits marquants et marqueurs de mon périple, et déjà en août 2015, Muriel, Patrick et leurs enfants Justine et Arthur m’avaient accueilli, et je ne pouvais pas ne pas faire étape dans cette maisonnée si chaleureuse et spontanée. Le lendemain matin, c’est sous un ciel plombé que Justine m’accompagnât jusqu’au pied du château de Rochechouart, édifice datant du XIIIème et XVème siècle qui abrite désormais le musée d’art moderne de Haute-Vienne.

Le GR4 me réservait quelques surprises, et étaient-ce les signes avant-coureurs du réchauffement climatique, car dans ces prairies limousines broutaient cinq dromadaires bien gras, puis plus loin des alpagas et enfin des lamas qui me dédaignèrent hautainement. Je passais à proximité des thermes gallo-romains de Cassinomagus, les plus monumentaux et les mieux conservés de France, mais je ne croisais ni le préfet Fleurdelotus, ni son collègue Caïusobtus, et c’est en traversant des villages familiers, Pressiganc, Puymis ou Grenord, que j’atteignais Chabanais, non pas le plus luxueux des lupanars parisiens, mais ce chef-lieu de canton paisible de la Charente Limousine, traversé par la rivière La Vienne et son odeur de choux.

J’arrivais en fin d’après-midi chez René et Marcelle, amis de toujours, pour une halte incontournable lors de mes longues chevauchées pédestres. A l’issue d’une journée de repos, passée en compagnie de ma filleule Nathalie et de son fils Adrien, quelle ne fût pas ma surprise, de voir arriver ma fille, mon gendre, ma petite-fille et mon épouse, qui passaient par hasard ! J’étais le seul à ne pas être dans la confidence, et ce fut durant cette soirée délicieuse autour d’un excellent repas, que j’eus la certitude d’aller au bout….

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